Américanisation – Une histoire mondiale XVIIIe-XXIe siècles,Ludovic Tournès
-Résumé
La très grande majorité des écrits sur l’américanisation a interprété jusqu’à présent le phénomène comme la diffusion internationale d’une culture construite sur le territoire états-unien et qui s’est imposée aux autres, avec plus ou moins de force et de rapidité, grâce à un ensemble de stratégies combinant séduction et coercition.
la diffusion mondiale du modèle de consommation américain dans les années 1990 ; la politique commerciale des médias à l’étranger, y compris les films hollywoodiens, la musique populaire et le championnat NBA de basket-ball ; la commercialisation à l’étranger des denrées américaines, notamment les sodas, les blue-jeans et les systèmes d’exploitation informatiques ; les engagements diplomatiques et militaires considérables en Europe, en Asie et en Amérique du Sud, y compris les tentatives de soutien à la démocratisation ; la formation d’élites militaires, politiques et scientifiques dans les universités américaines ; le développement et l’usage du marché international du travail et des ressources naturelles par les entreprises américaines. » Une telle définition, dans sa dimension exhaustive, semble avoir pour elle la force de l’évidence. En réalité, elle ne donne qu’une vision partielle du phénomène.
L’américanisation telle que je l’envisage doit être comprise de manière plus large : il s’agit d’un projet visant à construire une nation aux dimensions de la planète par un incessant mouvement de va-et-vient entre le continent nord-américain et le reste du monde.
Les historiennes de l’américanisation, à de rares exceptions près, ont négligé le fait que ce terme avait originellement deux sens : l’assimilation des populations immigrantes aux États-Unis d’une part, la transformation du monde en États-Unis d’autre part. Ils en ont le plus souvent retenu seulement le second, alors que le premier est tout aussi important. Surtout, les deux processus auxquels ils renvoient reposent sur une logique identique et sont inextricablement liés.
Alors que l’histoire des États-Unis est souvent, paradoxalement, un point aveugle de la littérature sur l’américanisation, l’histoire qu’on lira ici est tout autant une histoire des États-Unis que du monde. Par ailleurs, c’est une histoire aussi culturelle et économique que politique, tant les domaines de l’empreinte états-unienne sont nombreux et connectés. Enfin, c’est une histoire de long terme, qui ne commence pas en 1945 comme on le croit encore trop souvent, mais dès la révolution de 1776.
Depuis cette date, les États-Unis ont construit une nation et un récit national dans lesquels ils se sont efforcés, et ont partiellement réussi, à englober le monde entier, imposant leur puissance et leur rayonnement avec des méthodes différentes de celles des grandes puissances classiques, et avec une intensité et une logistique sans précédent.
Dans ce livre, j’ai essayé de radiographier l’américanisation sous toutes ses facettes, sans toutefois prétendre en épuiser l’intégralité des manifestations concrètes dans tous les pays du monde (il aurait fallu un ouvrage de plusieurs milliers de pages), mais en construisant un cadre interprétatif qui donne sens au phénomène dans son ensemble sans tomber dans la simplification. Il est essentiel, dans un premier temps, de présenter ce cadre et de discuter la signification de la notion d’américanisation, pour poser les fondements des analyses suivantes.
Celle du mythe de l’Ouest, d’abord, qui permet de comprendre d’emblée un des enjeux majeurs du problème, à savoir la fascination suscitée dans une grande partie du monde par les États-Unis, et la force de frappe considérable par laquelle l’histoire provincialiste états-unienne est – partiellement – devenue un mythe mondial .Mais le phénomène a bien d’autres dimensions qui seront examinées.
la construction de la configuration culturelle états-unienne, l’installation du pays au rang de modèle et d’échelle de Richter de la modernité entre le XVIIIe et le XXe siècle , le déploiement d’un messianisme démocratique qui occupe une grande partie du XXe siècle, l’activisme international des organisations non gouvernementales qui tentent de façonner le monde à l’image des États-Unis , l’énorme logistique de la diplomatie culturelle , l’internationalisation du modèle fordien , de la civilisation matérielle ou encore celle des productions artistiques états-uniennes .
Tout au long de ces deux siècles et demi d’histoire, les dimensions états-unienne et internationale, indissociables, seront étudiées ensemble, l’américanisation étant fondamentalement un phénomène mondial, et non une juxtaposition de phénomènes nationaux.
-Table des matières
Un livre de plus sur l’américanisation ?
Chapitre I – Repenser l’américanisation
Histoire d’un mot
La construction d’une configuration culturelle nationale
Une communauté illimitée
Une province dans la mondialité
Chapitre II – Du dernier des Mohicans à Clint Eastwood : une histoire du mythe de l’Ouest
La littérature de la conquête
Buffalo Bill, metteur en scène de l’Ouest
Le western et l’américanisation des immigrants
L’épopée démocratique des cow-boys
Le western à l’européenne
L’Ouest déconstruit du western contemporain
Chapitre III – La dynamique culturelle états-unienne : un laboratoire de la mondialité
Les peintres états-uniens viennent au monde
Prise de pouvoir dans le champ artistique
Le jazz : une musique composite
La sortie du ghetto sudiste
Le cinéma : un-American ou mainstream ?
Un patchwork standardisé
Chapitre IV – L’expansion sans fin d’une nation-monde
« La nation la plus éclairée du monde »
Un État-nation impérial
Englober le monde ?
La préemption de la modernité
Américanisation = globalisation ?
Chapitre V – Un siècle de croisade démocratique
Naissance du messianisme démocratique
Un New Deal états-unien et mondial
Démocratie contre totalitarisme
La fin du messianisme démocratique ?
Chapitre VI – Missionnaires, réformateurs et philanthropes
L’évangélisation du monde
Convertir, instruire, soigner
De la tempérance au féminisme
Les YMCA : christianisme, civilisation et basket-ball
Des businessmen exportateurs de modernité
Négociations et coproductions
Chapitre VII – Conquérir les esprits et les cœurs : La diplomatie culturelle
Que signifie la notion de soft power ?
La force de frappe culturelle
Les arts et la promotion d’un modèle
Ambassadeurs et ambassadrices des États-Unis
L’ère du repli états-unien
Chapitre VIII – Production de masse et standardisation
La révolution fordienne
Les débuts de la production de masse en Europe
Les métamorphoses totalitaires du fordisme
La guerre et la maturité du système
Motte de beurre, pot de yaourt, coccinelle : la voiture populaire européenne
Le toyotisme ou la modernisation de l’économie états-unienne
Chapitre IX – La mondialisation de l’American way of life ?
La nouvelle culture du quotidien
L’internationalisation du cinéma
Libérateurs et représentants de commerce
Succès et résistances
La révolution numérique, aboutissement de l’américanisation ?
La légende de l’hégémonie hollywoodienne
Les concurrentes d’Hollywood : l’Inde et la Chine
Chapitre X – La culture du monde est-elle états-unienne ?
Super et antihéros du 9e art
Cow-boy ou jedi ? Le samouraï selon Kurosawa
Les mille et une routes du jazz
Comment le jazz devient local
La mondialité culturelle existe-t-elle ?
Épilogue – Le XXI e siècle ne sera pas états-unien
Note sur la bibliographie
Notes
Index des noms de personnes
Index des noms de lieux
-Caractéristiques
Date de parution : 16/09/2020
Editeur :Fayard
ISBN : 978-2-213-70698-6
EAN : 9782213706986
Nb. de pages : 452 pages







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